01/07/2018

Médailles Markt

J’étais dans une école primaire où l’on comptait les points. Les bulletins avec les moyennes arrivaient comme partout au trimestre, mais chaque semaine, il y avait un classement de tous les élèves de la classe. Les notes et devoirs de la semaine valaient des «bons points», leur addition se faisait chaque vendredi. Les deux ou trois premiers recevaient une médaille, à ruban rouge, qu’ils devaient porter en classe la semaine suivante. La maîtresse choisissait aussi une ou un élève récipiendaire de la «médaille de sagesse», et il y avait aussi une encourageante «médaille d’application», récompensant celle ou celui qui avait fait mieux que d’ordinaire, ou avait progressé sans réussir à atteindre les premières places. Allez, peut-être la semaine prochaine?

Ce système «au mérite» était sophistiqué. Il marchait parfaitement. Personne, pas le moindre pédagogue à la noix ni parent n’en contestaient l’efficacité ou les bienfaits. Et quand on revenait à la maison avec une médaille, papa nous promettait une glace ou un passage au magasin de jouets: on trouvait ça trop super. J’ai repensé à cette enfance en constatant la délirante levée de boucliers devant l’idée de la chaîne d’articles électroniques Media Markt. Cette dernière a lancé une action destinée à récompenser les bons élèves de 4 à 14 ans par des bons-cadeaux dans ses magasins. On obtient quatre francs pour un 6, trois pour un 5,5, et deux pour un 5. Le Syndicat des enseignants romands est monté au front, dénonçant une action «éhontée», «discriminante», «contraire à la déontologie» ou une «récupération consumériste inacceptable».

Je trouve pourtant que c’est une bonne idée, celle de Media Markt. Évidemment, son aspect publicitaire ne m’a pas échappé. Mais je la trouve plus juste (le mérite), défendable (ils l’ont annoncé quand l’année scolaire se termine, pas comme un concours lancé à l’avance) et moins cynique que celles des grands distributeurs avec leurs bouts de dominos moches ou leurs personnages débiles à collectionner au prorata de ce que dépensent les parents à la caisse: ça, c’est «éhonté».

Je pense en revanche qu’il n’est pas du tout «discriminant» de récompenser un peu ceux qui font des bonnes notes. Tous les parents rêvent de le faire, ils n’en ont pas tous les moyens. Bravo aux gamins qui peuvent ainsi aller chercher un jeu vidéo moins cher parce qu’ils ont bien travaillé avant les vacances. Le seul défaut de cette affaire, c’est son côté petit bras: les enfants devraient avoir un bon de 20 francs pour un 6.