20/05/2018

Pas d’ami comme toi

J’ai beau chercher, je n’ai pas trouvé dans mon «cercle amical», comme il dit, d’ami libanais qui ne me «connaissait pas», comme il dit aussi. Qui ne sait donc «même pas que je suis conseiller d’État», comme il dit. Nous voulons donc parler d’un gars supergentil qui, lorsqu’on passe près de chez lui, Abu Dhabi, de façon «privée», comme il dit, accompagné de son chef de cabinet, trouve sympa, parce qu’il connaît un autre de ses amis, entrepreneur à Genève, de lui faire beaucoup de cadeaux, à lui et à sa famille. C’est un pur esprit désintéressé, juste l’envie, pour son ami libanais qui ne sait pas qui il est, de lui faire aimer le pays.

J’ai beau chercher, je n’ai pas trouvé dans ma «sphère privée», comme il dit, de copain qui puisse m’«upgrader», comme il dit, de la classe économique à la classe business. Allez, non, ce n’est pas vrai, je dis ça avec «imprudence», comme il dit: ça m’est arrivé, deux ou trois fois, dans ma vie de journaliste. Je voyageais seul pour le travail, des avions pas pleins, classe éco, et quand on m’a scanné le ticket au moment d’entrer, il y a eu une petite sonnerie et l’hôtesse a dit: «Vous êtes upgradé en business.» Cool.

Mais être ainsi «upgradé» en voyageant «privé» à cinq ou sept, comme ils disent, jamais. C’est impossible, ce n’est pas comme ça que ça marche. Ensuite, grâce à cet ami libanais qui ne le connaissait pas, il a eu gratuitement une «petite suite» pour cinq, dans un des hôtels des plus luxueux. Il a croisé le prince local, un des hommes les plus puissants et riches du monde, «par hasard», comme il dit, etc., etc.

Je me demande s’il a apprécié la course. Il était là pour voir pour un Grand Prix, après tout. Une épreuve de F1 qui ressemblait à l’élection au Conseil d’État genevois: les premières places étaient jouées d’avance. C’est Rosberg qui a gagné à Abu Dhabi, cette année-là, menant de bout en bout devant Hamilton, lui-même déjà assuré du titre mondial. Ce fut une course ennuyeuse.

Tout cela, évidemment, n’a eu «aucune influence» sur rien, comme il dit, lorsqu’on apprend que les Émirats étaient à l’époque en lice pour un appel d’offres à l’aéroport de Genève. Il reconnaît, après mille imprécisions ou demi-vérités, avoir été «peut-être imprudent», comme il dit. Mais non, allez, on est très bêtes, très mesquins, soupçonneux inutilement: on vous le répète, ce sont seulement des «amis» d’un «cercle amical», comme il dit. Nous, on est juste jaloux parce qu’on «n’a pas d’ami comme ça», comme dit la chanson. L’épreuve automobile d’Abu Dhabi, il faudrait qu’un ami le dise à Pierre Maudet, a pourtant un étrange surnom, parce qu’il commence le jour et finit la nuit: «Le Grand Prix du soleil couchant».