23/10/2016 10:01 Publié dans Blog | Lien permanent | Commentaires (0)

Le jeune pop

Je crois que ce sont les affiches, un peu partout dans nos rues, qui m’ont attrapé. «The Young Pope». On y regarde Jude Law en pape. Il est sublime, porte une soutane blanche magnifique et décorée, et il s’agit de la publicité pour une série télé, réalisée pour Canal Plus et HBO par un des plus immenses cinéastes de notre temps, Paolo Sorrentino.
 
Je crois que je me suis d’abord dit que le pape, à l’écran, avait toujours été une affaire compliquée: complot et compromissions sans cesse. «Les souliers de saint Pierre», en 1968, avec l’intuition d’un pape venu de l’Est. «Le Parrain III», en 1990, avec l’idée de la rencontre entre mafia et Vatican. «Amen», en 2002, avec le courage d’affronter les lâchetés et turpitudes de Pie XII. «Habemus Papam», en 2011, avec la trouvaille du pape en crise de panique. Il y a même un biopic, «Pape François», qui vient de sortir, et j’en oublie sûrement.
 
Je ne crois pas que «The Young Pope», cette série, fasse exception sur ce point: le Vatican est un nid de secrets et une mer de complots, on nous le fait comprendre dès la bande-annonce. Et ceux qui ont eu la chance de regarder quelques épisodes ne tarissent pas d’éloges sur la qualité de l’affaire, la beauté et l’intelligence de la mise en scène de Sorrentino, racontant l’histoire autour de ce jeune pape américain, premier du genre, et qui choisit de prendre pour nom Pie XIII.
 
Il fume des cigarettes. Il a un corps fait pour la séduction des corps et pas seulement des âmes. Il entend mener une révolution qui n’est pas celle pour laquelle on l’a élu.
 
Il dit s’inspirer d’artistes reclus, citant ceux qui firent ou font bouger le monde en le fuyant: Salinger, Kubrick, Banksy ou… Daft Punk. Surtout, c’est l’incroyable culot de cette série: il est si jeune et il est si beau, alors que le Vatican décline depuis des siècles la sagesse comme étant forcément l’enfant du grand âge.
 
Je ne sais pas si un pape doit être ainsi à la mode. D’une certaine manière, le populaire François l’est furieusement, d’ailleurs. Mais dans ce XXIe siècle qui devait être religieux, selon le mot de Malraux, se dégage peu à peu la révélation, au cinéma comme dans l’actualité, d’un monde qui n’est guère celui de la spiritualité religieuse, mais qui se définit autour de la religion – quelle qu’elle soit – et de sa violence, ce qui n’est pas du tout la même chose. Voilà ce qui interroge, regardant l’affiche pieusement publicitaire du jeune pape devenu jeune pop.
 

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