04/09/2016 09:40 Publié dans Blog | Lien permanent | Commentaires (0)

Bonnes vacances?

Septembre, la rentrée, et le moment de s’étonner poliment du bronzage des amis que vous croisez. «Tu as une supermine. Tu as passé des bonnes vacances?» L’autre jour, de façon inattendue, un copain m’a répondu non, et c’en était presque gênant de franchise.

Il ne s’agissait pas d’une affaire habituelle de retard d’avion, ou d’un hôtel pourri alors que les photos semblaient magnifiques sur le site (les gens fustigent parfois les conditions de voyage, rarement le voyage lui-même). Plutôt un constat prosaïque: il avait trouvé sa destination très décevante. Bref, il n’avait pas passé de «bonnes vacances».
 
Ça m’a beaucoup troublé. C’est rare et assez courageux que l’on vous le dise. Car l’une des injonctions de l’époque, c’est de réussir ses vacances comme le reste, d’en avoir eu pour son argent. Reposantes, passionnantes, ensoleillées, torrides, originales, elles peuvent avoir été ce que vous voulez, mais on doit en revenir content, archi en forme, prêt pour la rentrée.

Et il faut le répéter à tout le monde.
 
Je me souviens pourtant, aussi, de vacances compliquées, ou tristes, d’une grande et belle chambre d’hôtel réservée pour deux où je me suis retrouvé seul parce que, oui, elle m’avait quitté peu avant.

Il y a eu ici ou là des semaines entières de pluie alors que l’on cherchait la chaleur, et ce n’était pas drôle. Je me souviens d’engueulades, pour de bonnes ou mauvaises raisons, d’un enfant qui ne comprend pas pourquoi ses parents crient. Ou d’un Noël de jadis à la montagne sans la moindre neige, bien avant le réchauffement climatique: on jouait aux cartes, et on ne s’amusait pas. Je me souviens d’une insolation, sur un bateau, adolescent, près de Corinthe, et des longs jours ombrés mis à m’en remettre. Je me souviens de mon père, qui, pour se défendre de reproches que je lui faisais, m’a montré un matin une bosse sur son poing gauche, prétendument due au fait qu’il avait cassé la gueule d’un gars trouvé avec ma mère. On vous balance, parfois, comme ça des secrets de famille sur les plages du Var, et ça vous gâche les vacances.
 
J’ai bonne mine, tout s’est bien passé. Mais je me demande si les questions innocentes ne sont pas, parfois, les plus intrusives. Et j’espère que vos vacances étaient belles.

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