14/02/2016

Pétition puis scandale

Les lobbies de sous-domaines culturels montent au créneau»: c’est ainsi, dans 24 heures, qu’Alexandre Barrelet, rédacteur en chef Culture de la RTS, a qualifié la pétition, munie déjà de près de 3000 signatures, qui proteste afin qu’un rendez-vous quotidien de jazz perdure sur Espace 2. «Sous-domaine culturel», il a dit: et pourquoi pas art dégénéré ou musique de nègre, pendant qu’il y était?
 
«Le jazz doit être une musique sérieuse puisque tant de gens sont morts pour elle», soupirait Dizzy (je laisserai Alexandre Barrelet se renseigner sur ce Monsieur Dizzy…). Et je ne voulais pas me mêler de cette histoire. J’ai l’amour du jazz tatoué sur le corps, des amis chez les pétitionnaires. Mais ce qui a été proféré là est impardonnable. Cela ne traduit pas seulement la condescendance ou la suffisance. Mais une inquiétante incompétence à comprendre l’époque, et même la région. Aucun musicien, au XXe siècle, n’a laissé autant de partitions que Duke (je laisserai Alexandre Barrelet, etc.). Traiter le jazz de «sous-domaine», en vertu de l’histoire, de l’importance, de l’influence, est écœurant. Sans jazz, au hasard, pas d’Aznavour, de Gershwin, de Benjamin Biolay et même pas une note du dernier Bowie.
 
«Ils ne savent jouer que ce qui est écrit», lâchait Miles (je laisserai Alexandre Barrelet, etc.) en parlant des musiciens classiques et archisubventionnés, est-on tenté d’ajouter pour le fonctionnaire cadre de la radio d’Etat. Et de lui rappeler que le seul et unique festival suisse de niveau mondial s’appelle le Montreux Jazz Festival (on laissera Barrelet, etc.), qu’il fête cette année sa 50e édition (soulignons la veulerie de penser à supprimer le jazz des grilles en cette année anniversaire…), attire 200 000 personnes par été, et est demeuré bien plus décisif, vivant et réputé que ne le sont, par exemple, les rendez-vous classiques de
Lucerne ou le Septembre musical. Ajoutons enfin que le nombre de musiciens suisses au talent reconnu (Lang, Lindemann, Gruntz, Truffaz, cent autres…) qui sont nés au jazz par ici est sidérant en regard de la population. Voilà le pourquoi de cette juste pétition, qu’Alexandre Barrelet aura eu le mérite, en une phrase grotesque, de transformer désormais en scandale.

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