25/01/2015

Payer cash

Ça fait un peu Lacan facile, ce nom, Guignard, vous ne trouvez pas? Guigne, malchance, guigner, mauvais œil, tout ça.

J’y ai pensé, au moment de lire, cette semaine,
les avatars de l’éviction de Philippe Guignard, confiseur longtemps à succès, qui a été licencié avec femme et collaborateur de la société qui portait son nom.
 
Cela se termine avec des avocats. Ils vont se lancer à la figure certificats médicaux, irrégularités, dépressions ou burnout, justes motifs et toutes ces choses sordides. C’est toujours compliqué.

 

Mais, au moment où il est à terre, où il apparaît si perdu, je voudrais dire une admiration pour Philippe Guignard. Je l’ai croisé quelques fois dans la vie, comme cent mille d’entre vous, plutôt au temps de sa splendeur, quand il était dans la tribune du Lausanne-Sport et que tous lui mangeaient dans la main, ou dans ses restaurants de Vaulion (VD) ou de Lausanne.
C’était toujours bon, généreux.

 

Lui, il me faisait l’effet d’une cocotte-minute d’émotion et de résilience. Son air pottu, bourru, mais une drôle de tristesse, aussi, tout le temps, dans le regard d’artisan et d’homme dur au mal. Une résistance, sa façon d’essayer de garder les épreuves à distance, frère mort, tombé dans la drogue puis suicidé, maman suicidée. Il semblait au bord de la rupture et au bord de la tendresse: quelque chose chez lui cherche l’amour, les choses simples, une épouse,
un ami, un fils.

 

Il donnait l’impression de jouer au cador entrepreneur, le vieux truc de la revanche
à prendre, alors que c’est un pur affectif.

S’il pouvait donner ses croissants délicieux, il les donnerait. S’il pouvait offrir ses gâteaux, il les offrirait.

 

Bien sûr, c’est la vie des entreprises et de l’époque, la cruauté des glissades, les erreurs payées cash, c’est le cas de le dire. Il n’est pas le premier. Mais le vertige prend un peu, tout de même, à le voir ainsi se brûlant contre la lampe aux vanités, les commensaux d’hier qui feront volte-face, la solitude quand ça va mal, l’énergie qui manque, les communiqués, faire le tri entre colère, honte, maladie.

 

Lorsqu’on avait envie de quelque chose de doux, de simple, de croustillant, on disait: allons manger chez Guignard. J’aimerais vraiment le redire un jour. Et que ça soit chez lui de nouveau.

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